Une lettre d’informations d’Act In Biotech

Espagne : Tuberculose ; un nouveau vaccin entre en phase de test clinique

Le vaccin en vigueur contre la tuberculose, le bacille de Calmette-Gérin (BCG) créé en 1920, a une efficacité très variable, spécialement par rapport à la forme respiratoire de la maladie et de nombreux chercheurs ont depuis tenté d’améliorer les performances de ce vaccin.

Aujourd’hui, selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), un tiers de la population mondiale est affectée par la tuberculose bien que la majorité ne développe pas la maladie, mais plus de deux millions de personnes continuent à en mourir chaque année. L’OMS prévoit aussi deux millions de nouveaux cas de tuberculose résistante d’ici à 2015.

Les différentes tentatives d’améliorer le BCG sont toujours parties du même point : le BCG amélioré. Carlos Martin, microbiologiste de l’université de Zaragoze, a quant à lui cherché un nouveau remède en partant de zéro. Nous avions déjà parlé de ses recherches dans nos lignes en 2004. Aujourd’hui, après 20 ans de recherche il a mis au point un vaccin baptisé MTBVAC et espère commencer cette année la phase de test clinique sur 36 personnes en bonne santé afin d’évaluer sa sécurité. 10 000 doses de ce vaccin innovant mis au point par Carlos Martin et fabriqué par l’entreprise bio pharmaceutique galicienne Biofabri attendent l’accord des autorités sanitaires afin de commencer la phase de test clinique.

La spécificité du MTBVA est qu’il a été conçu à partir d’une souche différente de la bactérie. Le BCG utilise une souche bovine (Mycobacterium bovis) de laquelle on a éliminé des centaines de gènes tandis que MTBVAC a été élaboré à partir d’une souche humaine qui maintient un meilleur contenu génétique bien que son agressivité ait été diminuée, ce qui devrait théoriquement provoquer une meilleure réponse immunitaire de l’organisme.

Une épidémie de tuberculose résistante qui a eu lieu en Espagne en 1993 est à l’origine du nouveau vaccin. Carlos Martin et son équipe ont en effet travaillé à partir d’une souche de la bactérie présente chez un malade. Les chercheurs ont pu observer que les patients affectés présentaient des souches de la bactérie dans laquelle une protéine qui régule 4 % du génome de la tuberculose, notamment lié au facteur de virulence, était particulièrement active.

Dans la première conception du vaccin à laquelle a participé Brigitte Gicquel de l’Institut Pasteur de Paris, le génome de la souche bactérienne a été modifié afin de bloquer le gène « Phop » exprimant cette protéine et ainsi « domestiquer » la souche bactérienne, le temps de réveiller les capacités immunitaires de l’organisme. Les résultats ont été satisfaisants aussi bien sur les souris (2001) que sur les cochons d’Inde (2006) ou les macaques (2009). Parmi les cobayes, 100 % des animaux vaccinés avec le vaccin prototype ont survécu à une infection bactérienne tandis que 67 % des sujets traités avec le BCG sont morts. En 2005, une modification des protocoles internationaux oblige les chercheurs à altérer le vaccin : une partie du gène « Phop » est éliminé et le gène « FadD26 », qui régule la synthèse du lipide « PDIM », est lui aussi supprimé afin de rendre la souche moins agressive. Les lipides qui entourent la couverture extérieure de la bactérie trompent le système immunitaire et rendent l’agent infectieux passe invisible pour les défenses humaines.

L’idée originale de Carlos Martin pour développer un vaccin plus efficace contre la tuberculose a fortement intéressé la fondation Bill et Melinda Gates qui suit de prêt la conception de vaccin contre la malaria, le VIH et la tuberculose. Récemment le microbiologiste a rencontré en personne le fondateur de Microsoft qui s’est montré très enthousiaste pour ce nouveau médicament. La première phase des tests cliniques d’un coût légèrement inférieur à un million d’euros sera prise en charge par l’entreprise espagnole Biofabri, mais si le prototype passe cette étape avec succès, les coûts de réalisation des phases 2 et 3 augmentent notablement et le soutien de la Fondation Bill et Melinda Gates pourrait se révéler un précieux allié.

Source : Rapports d’ambassade

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