Une lettre d’informations d’Act In Biotech

À quoi sert la recherche sur les cellules souches embryonnaires ?

Le 22 février dernier, François Hollande s’est rendu au Genopole d’Évry, premier bioparc français en matière de biotechnologies et de biothérapies. Lors de ce déplacement, le candidat socialiste à l’élection présidentielle a pu rencontrer des chercheurs et des chefs d’entreprises spécialisées dans les biotechnologies, et affirmer sa position en faveur de la recherche sur les cellules souches embryonnaires.
Les déclarations de François Hollande sont l’occasion, pour Essonne Info, de revenir sur les enjeux qu’entraîne cette recherche et sur la législation en vigueur.
« Si les français m’accordent leur confiance le 6 mai, je demanderai immédiatement au Parlement de modifier la loi bioéthique de 2011 afin d’autoriser la recherche sur les cellules souches embryonnaires »
François Hollande, le 22 février
Assez méconnue du grand public, la recherche sur les cellules souches embryonnaires s’avère être un volet essentiel de la bioéthique (terme pouvant être défini comme le cadre de réflexions éthiques, morales et sociétales que soulève la recherche scientifique ayant trait au corps humain dans les domaines de la médecine, de la santé et de la biologie).
Plusieurs applications aux cellules souches embryonnaires
Les cellules souches embryonnaires sont présentes dans l’embryon au tout premier stade de son développement (cinq à sept jours) et appartiennent à la famille des cellules souches pluripotentes, c’est-à-dire qu’elles ont la capacité de se diviser indéfiniment et à l‘identique afin de se différencier en n’importe quel type de cellules de notre organisme (muscle, neurone, globule rouge, peau…). Comme l’a récemment rappelé Marc Peschansky, directeur scientifique de l’I-Stem, les cellules souches embryonnaires sont « immortelles et responsables de la construction de notre organisme ». Elles permettent de soigner des pathologies génétiques rares (mucoviscidose, myopathie…), de réparer des tissus endommagés ou encore de « traiter des maladies dites dégénératives, dans lesquelles, les cellules d’un organe particulier dégénèrent » (Alzheimer, Parkinson…).
« Une cellule souche n’est pas un embryon et il n’y a aucune objection, au nom de l’éthique, à refuser à des chercheurs de travailler sur des cellules qui sont de toute façon destinées à être éliminées. »
François Hollande, le 22 février
Deux méthodes sont employées pour extraire les cellules souches embryonnaires : le clonage à visée thérapeutique (interdit en France et sur lequel aucune loi ne prévoit de revenir) et le prélèvement de cellules sur des embryons « surnuméraires », c’est-à-dire issus d’une fécondation in vitro dans le cadre d’une procréation médicale assistée. C’est cette pratique que François Hollande souhaite autoriser de manière encadrée, afin que la France rattrape son retard sur les autres pays dans ce domaine de recherche et développer ainsi la médecine régénératrice, considérée par beaucoup comme la médecine de demain.
À l’échelle européenne, la Convention sur les droits de l’homme et la biomédecine signée en 1997 rappelle que la législation en matière de recherche sur les cellules souches embryonnaires est propre à chaque pays, et ce, en fonction de l’évolution des mœurs et des progrès scientifiques. Tout comme l’Espagne, la France fait partie des rares pays encore défavorables à cette recherche. À l’inverse, le Royaume-Uni autorise le clonage thérapeutique depuis dix ans. Dans le reste du monde, l’Australie s’est positionnée en faveur de la recherche sur ces cellules souches embryonnaires, tout comme la Suisse, la Suède ou encore l’Allemagne.
Les annonces du candidat Hollande critiquées
Le statut particulier de l’embryon en droit français, auquel s’ajoutent les pressions morales et les lobbies religieux, place la question de la recherche sur les cellules souches embryonnaires au centre du débat éthique. C’est en partie pourquoi les propos de François Hollande ont suscité de vives critiques de la part du ministre du Travail, de l’Emploi et de la Santé, Xavier Bertrand, et du ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Laurent Wauquiez, qui n’ont pas manqué de souligner que « la recherche sur l’embryon et les cellules souches embryonnaires n’est pas une recherche comme les autres, parce qu’elle touche à l’origine de la vie ». François Bayrou a également réagi et s’est montré très prudent sur un sujet aussi sensible, en affirmant qu’il ne fallait pas être « léger avec quelque chose qui est infiniment fragile et infiniment précieux et qui touche au début de la vie humaine » et considère que « dans le mot embryon humain, il y a quelque chose qui est, pour nous tous, patrimoine précieux et presque sacré. »
« La loi de bioéthique votée en 2002 à l’Assemblée nationale permettait ces recherches : la loi définitive adoptée en 2004 les a interdites, tout en assortissant cette interdiction de dérogations et d’un moratoire. La loi de 2011 a supprimé le moratoire, mais elle a maintenu l’interdiction avec dérogation. »
François Hollande, le 22 février
Malgré plusieurs tentatives du Parlement pour assouplir la réglementation en matière de recherche sur les cellules souches embryonnaires depuis 1994, date de l’adoption des premières lois sur la bioéthique, et malgré les révisions réalisées a minima tous les cinq ans, aucune avancée notoire ne permet aux chercheurs, presque vingt ans après, de travailler sur ce domaine de recherche. Dans son discours prononcé au Genopole, François Hollande a affirmé vouloir opérer une révision immédiate de la loi de 2011, s’il était élu, afin d’autoriser, dans un certain cadre, la recherche sur les cellules souches embryonnaires.

Source : Genopole

Leave a Response