Une lettre d’informations d’Act In Biotech

Splendeurs et misères de la biotech américaine : le cas de « Vertex Pharmaceuticals »

Alors que la fin d’année approche, tous les regards des observateurs de la place de Boston sont une nouvelle fois tournés vers « Vertex Pharmaceuticals Incorporated ». L’intérêt soulevé par cette modeste entreprise s’explique par le fait qu’il s’agit de l’une des dernières « biotechs » américaines susceptibles de prochainement se métamorphoser en « pharma » et de commercialiser ses propres médicaments. Il lui aura fallu 20 ans ! L’autre raison qui conduit à une certaine effervescence des milieux spécialisés est la situation de Vertex : jusqu’à très récemment, alors que la capitalisation boursière de la société était estimée à quelque 7 milliards de dollars en 2010, la société n’avait pas encore réalisé le moindre bénéfice. Aujourd’hui, les affaires se présentent différemment : Vertex a connu son premier trimestre bénéficiaire de juillet à septembre 2011 et sa capitalisation boursière est passée à 5,65 milliards de dollars.

Pour mémoire, Vertex a dépensé plus de 2,8 milliards de dollars en recherche pharmaceutique en deux décennies. La société continue actuellement d’investir en R&D au rythme soutenu d’environ 190 millions par an. Et de recruter : Vertex, après avoir fonctionné avec 300 employés, comptait 1 691 salariés en décembre 2010. Mais le plus étonnant dans cette société était que son fonctionnement restait immuable depuis près de 20 ans. Elle faisait régulièrement appel au marché pour se financer ou se refinancer. Et cela marchait ! Les dernières années ont en effet été parsemées d’opérations diverses et variées liées à des émissions de titres ou des conversions obligataires.

Nous en parlions à la même époque il y a un an. Le pari des investisseurs et des analystes était alors sur le « Telaprevir », un traitement révolutionnaire de l’hépatite C. Vertex misait très gros sur ce médicament, censé apporter une solution thérapeutique à 3,2 millions d’américains. Au niveau mondial, le marché de ce médicament était estimé par la société à 170 millions de personnes. De plus, le « Telaprevir » apparaissait comme porteur d’innovations puisqu’il permettait, selon Vertex, de guérir 75% des porteurs du virus de génotype 1 (alors que les thérapies actuelles n’en guérissent qu’environ 40%) tout en réduisant de moitié le temps de traitement de l’hépatite C chez la majorité des patients. Vertex était si proche du but que le cours de son action a caracolé jusqu’à 57,50 dollars en 2011. Le lancement du « Telaprevir » à la fin du mois de mai 2011 a d’ailleurs permis à Vertex de réaliser ses premiers bénéfices au cours du troisième trimestre de cette année.

Las ! C’était sans compter sur la concurrence. Cette fois, la menace ne vient pas d’une grande entreprise pharmaceutique, comme c’était le cas en 2010 avec Merck et son traitement concurrent « Boceprevir », mais d’une jeune entreprise du New Jersey (basée à Princeton), Pharmasset. Récemment présentés à la conférence annuelle de la société américaine sur les maladies du foie à San Francisco, les résultats de phase 2 du PSI-7977 laissent penser que cet inhibiteur de polymérase, s’il suit sa trajectoire actuelle, devrait cibler plusieurs génotypes contrairement au « Telaprevir ». En d’autres termes, ce candidat médicament devrait être plus efficace que tous ses concurrents. Du reste, Pharmasset a annoncé début novembre 2011 l’entrée du PSI-7977 en phase 3. La conséquence de cette présentation de Pharmasset a été immédiate : le lendemain de l’annonce, l’action VERTEX perdait 8%, passant de 36 à 33 dollars, avant de continuer sa dégringolade pour atteindre aujourd’hui 28 dollars. Le calcul est vite fait : si ce traitement révolutionnaire de Pharmasset poursuit sa lancée, alors le « Telaprevir » de Vertex est condamné à un créneau de commercialisation inférieur ou égal à deux ans, un espace de temps qui n’a décidément rien à voir avec les deux milliards de CA annuel et le quasi-monopole sur 5 ans qu’annonçaient les analystes financiers de BoA/Meryll Lynch il y a encore quelques semaines.

Certes, le « Telaprevir » n’est pas le seul composé prometteur de Vertex. A ce jour, Vertex commercialise en effet le « Lexiva/Telzier », un inhibiteur de protéase qui entre dans le traitement du SIDA et perçoit des revenus de licences provenant d’accords passés avec de grands groupes (GSK, Janssen, Mitsubishi Tanabe Pharma). Vertex fonde également de grands espoirs sur ses nouveaux traitements de la fibrose kystique, au premier rang desquels le « VX-809 », actuellement en phase 2, et le « VX-770 », soumis à la FDA à la fin du mois d’octobre 2011.

Mais, dans l’ensemble, l’annonce de Pharmasset, qui vient au 21 novembre 2011 d’être rachetée par l’entreprise biopharmaceutique californienne Gilead, a introduit de nouvelles turbulences dans la société. Cette dernière va devoir prendre des décisions rapides sur ses orientations scientifiques et, comme c’est l’usage aux É.-U., tirer des enseignements quant à sa gouvernance. Avec un cours à $28, les esprits ne peuvent aussi s’empêcher de penser à une OPA ou à une fusion avec un grand groupe. Et puis, force est de constater que le développement de traitements pour l’hépatite C commence à devenir un créneau très encombré : Merck, Vertex, Idenix et quelques autres sociétés sont sur l’affaire depuis des années. Des milliards de dollars de R&D ont été engloutis sans que l’on puisse encore y voir clair sur le résultat de ces efforts et surtout sur la société qui va décrocher le gros lot.

Morale de cette affaire: rien n’est jamais acquis et la biotech américaine est décidément un monde impitoyable !

www.vrtx.com/
Source : Rapports d’Ambassade

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