Une lettre d’informations d’Act In Biotech

Alexandre Mérieux : « Je ne me donne pas de délai pour reprendre les rênes de l’Institut Mérieux »

L’unique héritier de la dynastie d’industriels lyonnais s’exprime pour la première fois, dans une interview à La Tribune, sur son rôle et sur les ambitions de la holding familiale dans le domaine de la nutrition santé.
Alexandre Mérieux est vice-président de l’Institut Mérieux, président de Mérieux Développement et directeur général délégué de bioMérieux.

Votre père, Alain Mérieux, cède le 1er janvier prochain son fauteuil de PDG de bioMérieux à Jean-Luc Bélingard, ex-patron d’Ipsen. Vous restez directeur général délégué. Que signifie cette nomination ?
Jean-Luc Bélingard vient pour aider le Groupe et apporter son expertise en pharmacie et en diagnostic [il été directeur général de Roche Diagnostic, ndlr]. Il est très focalisé sur l’environnement technologique et la recherche et développement, deux domaines clefs pour bioMérieux. Mon père et lui se connaissent depuis longtemps, mais Jean-Luc Bélingard n’avait jusqu’ici jamais eu la disponibilité pour nous rejoindre. C’est désormais chose faite, et je suis tout à fait en ligne avec ce choix.

Vous ne souhaitez donc pas reprendre les rênes ?
Ce sera une évolution logique. Après tout, chez Mérieux, je suis un engagé volontaire ! Mais je ne me donne pas de délai. Jean-Luc Bélingard me semble aujourd’hui mieux placé que moi pour ce poste. Il travaillera étroitement ave Stéphane Bancel [directeur général de bioMérieux, ndlr] et j’aurai bien sûr des relations privilégiées avec lui. Mais à bientôt 37 ans, j’aime mes fonctions opérationnelles de directeur de l’unité industrie de bioMérieux (prévention et contrôle des risques industriels). Je ne veux pas les quitter trop tôt.

Quel rôle va jouer votre père, Alain Mérieux ?
Il va se consacrer davantage à ses activités au sein de l’Institut Mérieux qu’il préside et il continuera à être présent et actif sur toutes les entités du groupe. Il vient notamment de créer IMAccess, une société dédiée au diagnostic pour lutter contre les maladies infectieuses des pays en développement. L’Institut Mérieux investira 5 millions d’euros pour lancer cette activité et en réinvestira les profits dans ses programmes de recherche. Mon père est également très engagé dans les Fondations Mérieux. Par ailleurs, il reste au Conseil d’administration de bioMérieux et continuera à s’occuper de notre développement en Chine, en tant que président de notre filiale chinoise. Il ne sera pas désœuvré !

Il y a un an, vous annonciez la création de la société d’investissement Mérieux Développement. Où en êtes-vous aujourd’hui ?
Merieux Développement s’est dotée de 70 millions d’euros pour les quatre à cinq prochaines années, avec l’idée de prendre des participations minoritaires dans des sociétés innovantes, dans les domaines du diagnostic, de l’imagerie et de la nutrition. L’objectif est d’une douzaine de participations d’ici 2013. Il y a une vraie demande d’accompagnement technologique et nous avons l’avantage, par rapport à des capitaux-risqueurs, de pouvoir apporter un réseau à ces entrepreneurs. Nous prenons aussi un siège au Conseil d’administration.
Nous avons reçu 270 demandes d’investissement, 30 ont été évaluées et nous avons réalisé trois investissements de 1 à 6 millions d’euros. Le premier concerne une start-up de la région Rhône-Alpes (Biom’Up) spécialisée dans les biomatériaux pour des pansements chirurgicaux. Le second, annoncé le mois dernier, est la société Supersonic Imagine, spécialisée dans l’imagerie médicale à Aix-en-Provence. La troisième (QuantaLife) basée à San Diego, aux Etats-Unis, travaille sur de nouvelles technologies de diagnostic moléculaire.

Quels seront vos prochains investissements ?
Nous restons pragmatiques. Investir en Chine est une priorité. Nous aimerions le faire plutôt en partenariat avec des sociétés d’investissement locales dans le domaine du diagnostic ou de la nutrition. Nous aimerions identifier des dossiers qui pourraient rejoindre bioMérieux, Transgène ou Silliker lorsque Mérieux Développement en sera sorti. Sans oublier les domaines liant nutrition et médecine.

Justement, vous annoncez aujourd’hui la création de Mérieux NutriSciences au sein de l’Institut Mérieux.
Avec Mérieux Nutrisciences, nous voulons renforcer notre engagement dans le domaine de la sécurité alimentaire et de la nutrition en structurant un pôle spécialisé qui bénéficiera de la connaissance de Silliker dans le domaine agroalimentaire et également de l’expertise scientifique de l’Institut Mérieux. Concrètement, il s’agit d’aider nos clients agroalimentaires à prouver la valeur santé de leurs produits, pas uniquement une fois qu’ils sont sur le marché mais dès le développement du produit. Les budgets de R&D vont augmenter dans les groupes agroalimentaires, car ceux-ci sont condamnés à innover pour se démarquer, et nous pensons avoir la légitimité pour travailler avec eux. Silliker est un réseau mondial de laboratoires d’analyses (350 millions de dollars de chiffre d’affaires attendus en 2011) et de contrôle en qualité et sécurité alimentaire qui fait partie de notre groupe depuis 1996. Merieux Nutrisciences comprendra aussi l’entité Biofortis (15 millions de dollars), un pôle qui apporte des solutions globales pour les décideurs en R&D de l’industrie de la nutrition. C’est cette dernière activité, encore réduite, que nous souhaitons renforcer.

Quels sont vos objectifs financiers ?
Notre visons plus de 600 millions de dollars de chiffre d’affaires pour Mérieux Nutrisciences en 2016, avec un excédent brut d’exploitation (Ebitda) supérieur à 18 %. Cette croissance passera aussi par des acquisitions.

Pourtant, plusieurs grands de l’agroalimentaire se sont faits retoqués par les autorités sanitaires, comme Danone avec l’Actimel au printemps dernier…
La science est en évolution et la réglementation aussi. Notre but est d’ aider les industriels à monter leurs dossiers auprès de l’Agence européenne de sécurité sanitaire des aliments (Efsa) sur ces sujets. Sachant que pour eux, c’est un moyen d’augmenter leurs marges mais aussi leur valeur ajoutée. Comme le disait Hippocrate : « que l’alimentation soit ta première médecine » ! Mais cela doit être démontré : quel type d’aliment peut contribuer à renforcer son système immunitaire ? Au-delà, nous sommes intéressés à développer le concept de nutrition personnalisée, comme il y a une médecine personnalisée : un médecin ou un nutritionniste pourra orienter son patient vers un régime alimentaire spécifique dédié à son profil.

Peut-on imaginer des études cliniques en agroalimentaire, à l’image de ce qui se fait dans l’industrie pharmaceutique ?
On ne parle pas pour l’agroalimentaire de développement en phase III ou IV comme dans le domaine clinique. En revanche, il y a une vraie convergence entre l’agroalimentaire et la pharmacie. Aujourd’hui, nous voyons des études entre 500.000 et un million d’euros pour un produit. Compte tenu de l’importance de ces investissements, les industriels ont besoin d’une réglementation plus précise, et de conseils en développement produits.

Source : www.latribune.fr/ent…

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