Une lettre d’informations d’Act In Biotech

Biotechnologies et « big pharma » : les règles du jeu changent

Les changements auxquels est soumise l’industrie pharmaceutique retentissent sur ses relations avec les sociétés de biotechnologie, obligeant ces dernières à s’adapter. Ernst & Young analyse cette évolution stratégique.
L’industrie pharmaceutique est, depuis toujours, un partenaire incontournable pour les sociétés de biotechnologie auxquelles elle fournit tout, de l’expertise clinique au financement de leur recherche en passant par la validation précoce d’actifs, ou par des portes de sortie à leurs actionnaires. Mais, en période de crise, elle constitue une source de financement encore plus cruciale. En 2009, le nombre d’accords signés au niveau mondial entre les biotechs et les groupes pharmaceutiques, a progressé de 172 à 189, selon les données d’Ernst & Young. En revanche, la valeur potentielle totale de ces accords est en léger recul, de 42, à quelque 40 milliards de dollars. Reste que, au-delà des chiffres, ce sont les règles du jeu qui sont en train de changer. Les transformations en cours dans l’industrie pharmaceutique ont, en effet, des répercussions pour les sociétés de biotechnologie.
Obligation de résultat. « Les laboratoires pharmaceutiques sont maintenant dans une logique d’obligation de résultats, explique Pascale Augé, consultante, responsable du secteur sciences de la vie chez Ernst & Young. Pour chaque nouveau produit lancé, ils doivent maintenant prouver une supériorité par rapport aux produits existants. » Les sociétés de biotechnologie, elles, n’en ont pas forcément pris conscience encore, car elles œuvrent à des stades de développement moins avancés. « Mais cet impératif va se répercuter sur elles à travers les partenariats qu’elles nouent avec les groupes pharmaceutiques, poursuit Pascale Augé. Ces derniers exigent des preuves de plus en plus précoces de la performance des produits ou des technologies auxquels les sociétés de biotechnologie peuvent leur donner accès. »
Cela se manifeste par le nombre croissant d’accords qui incluent des options : le groupe pharmaceutique n’achète pas ou ne prend pas en licence un actif. Il paye le droit de prendre une licence, le produit ou la technologie quand ceux-ci ou celle-là auront fait leurs preuves (par exemple au vu des résultats favorables d’un essai clinique). GSK et Novartis ont été, en 2009, les plus adeptes de ces accords conditionnels, observe le rapport Ernst & Young.
Il est vrai qu’en matière de preuve de concept, beaucoup de sociétés de biotechnologie ont encore des progrès à faire en termes de rigueur. « Je vois trop d’entreprises développer leurs molécules sans se mettre aux standards nécessaires, observe Pascale Augé. Cela suppose probablement de se concentrer sur un nombre plus limité de projets, conclut-elle, et de travailler davantage avec des biomarqueurs, comme indicateurs précoces d’efficacité et de tolérance relatives. »
Evolution des priorités. Les labos pharmaceutiques qui, pour beaucoup, peinent à regarnir leur portefeuille de produits, tentent aussi d’enrichir leur activité avec une offre globale, incluant dispositifs et services, autour des pathologies. La quête de nouvelles molécules ou de nouvelles technologies n’est plus leur unique préoccupation. Alors que, ces dernières années, les groupes pharmaceutiques étaient en concurrence face aux biotechs s’efforçant de les convaincre qu’ils étaient le partenaire de choix, ce sont plutôt aujourd’hui les sociétés de biotechnologie qui doivent convaincre les groupes pharmaceutiques dans une inversion du rapport de force, estime le rapport Ernst & Young.
Risques des fusions. La nouvelle vague de concentration qui traverse l’industrie pharmaceutique apporte enfin, elle aussi, son lot de changements. Des fusions, comme celle de Pfizer avec Wyeth ou de Merck avec Schering Plough, provoquent un gel des accords extérieurs, le management est trop accaparé par les opérations d’intégration internes. Et, au final, le nombre de partenaires pharmaceutiques possible pour un actif se trouve réduit d’autant.
Nouvelles opportunités. Mais les changements à l’œuvre dans le secteur de la pharmacie vont aussi créer de nouvelles opportunités. Comme beaucoup de groupes pharmaceutiques se recentrent sur quelques domaines thérapeutiques, ils auront de moins en moins les moyens de mener de front tous leurs projets de recherche. Dans la mesure où ils se retirent de la compétition ils pourraient avoir une politique moins frileuse de licence sur leurs actifs inexploités. Cela peut créer de belles occasions de lancement de start-up avec des « business models » originaux, « à condition de savoir marier des équipes expérimentées avec ces actifs », estime le rapport.

Source : Les echos 18/06/2010

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