Une lettre d’informations d’Act In Biotech

Parier sur les enjeux de la médecine personnalisée

Après l’ère des thérapies « prêt-à-porter », la montée en puissance de la médecine « sur mesure » pourrait révolutionner le modèle traditionnel de la pharmacie. Certains acteurs sont déjà bien engagés sur cette voie.
La médecine personnalisée est un nouveau concept de thérapie susceptible d’entraîner, à moyen terme, une mutation du modèle économique de la pharmacie mondiale, qui entre dans une phase critique, avec l’expiration des brevets de la plupart de ses grands médicaments.

Thérapies ciblées et diagnostic
Deux individus atteints d’une même pathologie grave peuvent répondre différemment à un même traitement du fait de différences génétiques. Les progrès liés à la découverte du génome humain ont favorisé la révélation de biomarqueurs de la maladie et l’émergence de nouveaux outils de diagnostic moléculaire permettant de caractériser les profils génétiques de malades classés en de nombreux sous-groupes. Des traitements de thérapies ciblées, corrélées à ces nouveaux biomarqueurs, se sont ainsi développés, notamment dans le domaine des cancers. Ils s’opposent aux stratégies traditionnelles d’attaquer des marchés le plus large possible avec des molécules cyto-toxiques, détruisant la tumeur mais pouvant générer de graves effets secondaires, ce qui constitue une évolution profonde pour l’industrie.
Dans ce domaine, le suisse Roche a fait figure de pionnier avec son médicament phare contre le cancer du sein, Herceptin, lancé en 2000. Il stoppe l’évolution des tumeurs des patientes porteuses d’une mutation génétique qui s’exprime par la surproduction d’une protéine, dénommée HER 2. Herceptin est associé à un test de diagnostic moléculaire dit « compagnon », qui décèle cette anomalie concernant 25 % des femmes ayant un cancer du sein.Depuis dix ans, une vingtaine de traitements ciblés, fondés notamment sur de nouveaux produits biologiques comme les anticorps monoclonaux, ont vu le jour, signant de grands succès. Aujourd’hui, le mouvement s’est emballé. Rien que dans la nouvelle génération d’inhibiteurs de protéines kinases, une centaine d’anticancéreux sont en développement avec un test de diagnostic associé. Selon PricewaterhouseCoopers, le segment émergent de la médecine personnalisée, qui présentait 24 milliards de dollars aux Etats-Unis en 2009, devrait atteindre 42 milliards de dollars outre-Atlantique en 2015, soit une progression moyenne de 10 % par an. En comparaison, la croissance de l’industrie pharmaceutique devrait se limiter à 4 % dans cette zone.

Efficacité et intérêt économique
Ces traitements ciblés concernent des marchés certes plus restreints. Toutefois, comme ils sont fondés sur la connaissance d’un mécanisme biologique, ils peuvent être élargis à d’autres indications. A titre d’exemple, Sutent de Pfizer, prescrit dans le cancer gastro-intestinal et du rein, est en développement clinique avancé pour le cancer du foie et du sein. En outre, leurs prix sont très élevés : le coût du traitement se situe entre 30.000 et 50.000 € par an. En effet, le critère d’efficacité et de diminution du risque d’échec est un élément majeur dans la négociation du prix avec les instances réglementaires. Une meilleure réponse du patient et l’élimination de traitements successifs inadaptés sont déterminantes. Les autorités de santé américaines viennent d’ailleurs d’instaurer des directives encourageant l’utilisation de biomarqueurs dans les recherches cliniques. « Les thérapies ciblées s’inscrivent plus dans une démarche de dépenser mieux que de dépenser moins », conclut Anne-Christine Mariea ssociée du cabinet Pricewaterhouse. , qui ajoute que, « dans ce contexte, les alliances entre laboratoires et sociétés de diagnostic vont s’accélérer ». Ce que confirme Patrice Denèfle, vice-président de la division sciences translationnelles d’Ipsen. « Nous avons noué un accord de collaboration avec BioMérieux en cancérologie. En parallèle nous menons une étude de grande ampleur avec Celera Genomics, pionnier du décryptage du génome, ce qui nous permettra d’optimiser la prescription de nos traitements d’endocrinologie. Aujourd’hui, de fait, l’ensemble de nos projets de recherche repose sur une démarche de médecine personnalisée. »
Sanofi est entré récemment sur ce segment, avec le rachat, en 2009, de BiPar, une « biotech » qui développe une molécule ciblée contre le cancer du sein pour les patientes qui ne répondent pas aux trois grands types de thérapies sur le marché. C’est un des plus gros projets de phase III du laboratoire français.
Reste que certains acteurs ont pris de l’avance : Roche cumule la position de numéro un mondial du diagnostic et de l’oncologie et Novartis vient de se doter d’une division de diagnostic moléculaire. Parmi les sociétés cotées en France, BioMérieux, qui a fait du théranostic (alliance d’un diagnostic à un traitement) un de ses piliers de croissance future, et Ipsen, focalisé sur la médecine de spécialités, sont en bonne position. Enfin, de nombreuses sociétés de biotechnologie se sont engagées dans cette voie, comme Exonhit Therapeutics, AB Science, Transgène, Genfit et Ipsogen. Nous avons sélectionné quatre favorites parmi elles : Roche, BioMérieux, Ipsogen et AB Science.

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